[2] Thème du mois:  La fessée dans la littérature africaine contemporaine

Crédit: http://www.jeuneafrique.com/
Crédit: http://www.jeuneafrique.com/

Traces Métisses vous offre un numéro 2 qui bastonne car nous nous intéressons ce mois-ci au sujet de… la fessée ! Cette pratique fort répandue sur le continent noir vise au départ non pas à traumatiser les enfants mais à les corriger, à les  former et pourquoi pas à les endurcir pour faire face à un monde qui ‘a les dents’, c’est-à-dire qui peut s’avérer sans pitié. Le manuel ancestral des utilisateurs de la fessée stipule qu’une pratique mesurée de cette sanction corporelle crée des enfants respectueux et probes. Seulement voilà, on est en droit de se demander : respect et probité peuvent-ils émaner de la coercition et du frère cadet de la torture ?  

  

Crédit: http://afrikraneuse.blogspot.ch/
Crédit: http://afrikraneuse.blogspot.ch/

Avec un sujet aussi polémique que celui-ci, les perspectives de 3 auteurs contemporains nous aideront à affiner nos jugements. Avec Si D’aimer d’Hemley Boum (Cameroun, 2012), Le Moabi cinéma de Blick Bassy (Cameroun, 2016) et N’ba d’Aya Cissoko (Mali, 2016), nous découvrons les différentes facettes de la fessée à l’africaine. Mais avant de nous lancer, écoutons la comédienne camerounaise Ruby nous parler avec humour de ses années d’école en Afrique et de la pratique répandue du châtiment corporel. Beaucoup s’y reconnaitront.



Cliquez sur les images pour découvrir les livres et surtout n’oubliez pas d’ajouter vos commentaires en bas de page. Merci!

Les œuvres du mois:


Si d’aimer

de Hemley Boum,

la chicotte des mauvais parents

Le Moabi Cinéma

de Blick Bassy,

la chicotte du despotisme patriarcal

N’Ba

d’Aya Cissoko,

la chicotte de la frustration aimante d’une mère



Les multiples facettes de la chicotte : réfléchissons…


'Je vais te taper !’ ‘Na ko béta yo !’ (Lingala, Congo) m’bi nbo wo!’ (Bafia, Cameroun). Des millions d’enfants entendent cette phrase chaque jour et même plusieurs fois par jours. Dans les pays de mon enfance (le Cameroun et le Congo) et bien au-delà,  la fessée, aussi connue sous le nom de ‘chicotte’ est l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des cancres, des petits bandits et autres fauteurs de troubles  invétérés ou occasionnels. On chicotte avec des instruments divers et variés : la main, un bâton, une ceinture, une règle,  une branche de buisson flexible, une chaussure mais surtout avec le fameux ‘serpent noir’ du maître d’école, qui est un petit fouet fin en caoutchouc lourd. Le serpent noir laisse des traces... Et comme en Afrique l’éducation d’un enfant, c’est souvent l’affaire de tous, il se trouve toujours des voisins, des oncles, des amis de la famille, et j’en passe pour  appliquer diligemment le châtiment de la chicotte. Ceci explique sans doute  pourquoi beaucoup de petits africains ont développé non seulement une résilience phénoménale mais aussi un sens de l’humour à toute épreuve face à la douleur physique et à l’humiliation procurés par cette correction.  La chicotte est aussi parfois considérée par les jeunes comme un risque calculé pour une plus grande liberté. Pour résumer, on sait que l’on sera frappé mais on désobéit quand même…

 

La fessée clandestine

Dans les pays occidentaux interdisant la correction physique, la fessée devient clandestine pour ceux qui l’appliquent. Pour les enfants qui la subissent le schizophrène sentiment d’être à la fois éduqué et physiquement profané peur constituer un écartèlement culturel. Certains poseront la question : peut-on comparer la correction mesurée qu’une maman africaine administre au vu et au su de tous dans un environnement qui la valide, avec la claque ‘sans-papier’ qui met la même mère hors la loi dans un pays qui n’est pas le sien ?  Force est de constater que la fessée d’hier et celle d’aujourd’hui ne se ressemblent pas car les mentalités évoluent et les cultures s’inter-fertilisent dans un monde connecté.

Le débat

 Vous serez peut-être aussi interpellé que nous de voir grâce au lien ci-dessous, à quel point la chicotte demeure une évidence pour beaucoup.

Pour ceux qui aimerait un état des lieux plus complet, voici la position claire et sans ambiguïté des Nations Unies sur la question de la chicotte. Piqure de rappel pour certains, invitation à la réflexion pour d’autres.

Que vous inspire donc la carte ci-dessous élaborée par www.humanium.org? Au-delà d’une histoire de choix éducatif, la chicotte pose la question des droits de l’enfant. Pour moi, il est tout simplement grand temps que la situation change. Il faut arrêter de taper les enfants ! 

En espérant que ce numéro 2 de Traces Métisses vous aura amené à revisiter vos convictions et à découvrir des auteurs touchants et inspirés, je vous invite à partager ci-dessous vos pensées et remarques, comme toujours dans le respect et la sincérité. A bientôt !


credit:  http://emida.ch/
credit: http://emida.ch/

Write a comment

Comments: 3
  • #1

    jean (Monday, 24 September 2018 19:58)

    il faut supprimer les chatiments corporels

  • #2

    dubois jean (Monday, 25 November 2019 19:34)

    c'est cruel et non éducatif

  • #3

    Estelle (Tuesday, 26 November 2019 08:59)

    On est d'accord cher Dubois Jean!