[4] Africain(e), écris ou tais-toi !

 

Est-ce se poser en victime que d’affirmer que la littérature africaine reste encore aujourd’hui en marge de l’industrie livresque mondiale ? Est-ce exagérer le problème que de la décrire comme cantonnée aux rayons ‘fruits exotiques’ de l’écriture ? Dans un contexte de globalisation culturelle et économique, cette littérature n’est-elle pas un produit que l’on prive trop souvent de devanture de magasin, que l’on exclut plus qu’à son tour de l’exposition dans les grandes vitrines? 

 

Fruits exotiques

 

Bien sûr que les africains ont des représentants illustres vivants ou morts sur la scène internationale du livre. Vous avez déjà entendu les noms suivants que vous aimiez lire ou pas : Leopold Sedhar Senghor, Chinua achebe, Wole Soyinka, Ngugui Wa Tiongo, Andre Brink, Alain Mapanckou…. Et les filles alors ? Qui peut ne pas connaitre Chimamanda Ngozi Adichie, Assia Djebar, Nadine Gordimer, Calixte Beyala, Fatou Diome, Mariama Bâ…

Ils sont là, ils gagnent en visibilité, les auteurs africains, ils sont salués, de plus en plus nombreux. Ouf ! Et pourtant il reste du travail à faire avant que cette littérature ne prenne la place qui lui revient de par sa force vitale et pour un meilleur équilibre géopolitique de la lecture des masses, des intellectuels et des rats de bibliothèque comme moi.

 

Ventre affamé n’a pas d’oreille

 

Pour se transformer en fleuve lorsque l’on est cantonné au statut d’affluent, il n’y a qu’une solution : se remplumer, grossir ; gonfler ; enfler comme la rumeur folle, se propager comme les congossas libres et jouer frénétiquement au mal nommé ‘téléphone arabe’ afin de répandre l’écho de sa voix. Tout le monde partout doit avoir dans sa tête et dans son cœur des lignes de littérature africaine. C’est à ce prix que l’affluent deviendra fleuve.

 

Africain(e)s de tous pays et de toutes couleurs, amis de ce continent multiple, je vous invite donc à griffonner. A chacun et chacune d’entre vous, j’affirme: 

‘Écris ou tais-toi!’ 

 

Il n’est plus temps de se plaindre de notre invisibilité. Nos espoirs, nos langues, nos cultures, nos aventures, ce ne sont plus les moyens qui manquent aujourd’hui pour les propager, les célébrer. Avec internet, les réseaux sociaux, les blogues, les vlogues, plus besoin d’attendre la bénédiction d’une maison d’édition ! 

Vous me répondrez : n’est pas écrivain qui veut… Je renchérirai, si tu n’écris pas, lis voracement et partage scrupuleusement la littérature africaine. Si tu écris, diffuse donc cette anecdote, ce poème, ce jeu de mot dans la lingua franca qui t’appartient : camfranglais, Pidgin, créole ? Le plus grand mensonge du monde_ mais qui y croit encore ?_ c’est que l’Afrique n’a pas pour priorité la culture. On dit même : ‘ventre affamé n’a pas d’oreille’ en pensant à nous. Mais tout le monde a faim ! D’aliments, de dignité, de reconnaissance, de succès, d’amour... L’esprit, le corps et l’âme doivent tous être sustentés. Nourrissons-nous les uns les autres de la beauté de l’Afrique. Ecrivons-la, lisons-la, publions-la, rendons-la fièrement palpable, présente et vivante.


Les auteurs et les acteurs du mois

Nous vous invitons ce mois-ci à écrire, à lire et à montrer l’Afrique chacun à votre manière. Traces Métisses vous présente ici, certains de ceux qui le font déjà, loin des sentiers battus et sans le concours des grandes maisons d’édition qui dominent le marché mondial du livre. Des projets de qualité à soutenir… 

 

Cliquez sur la photo et vous découvrirez une belle histoire! 

 





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Comments: 2
  • #1

    Ariane (Friday, 03 November 2017 21:02)

    Il n’est plus temps de se plaindre de notre invisibilité. Nos espoirs, nos langues, nos cultures, nos aventures, ce ne sont plus les moyens qui manquent aujourd’hui pour les propager, les célébrer. Avec internet, les réseaux sociaux, les blogues, les vlogues, plus besoin d’attendre la bénédiction d’une maison d’édition !
    Vous me répondrez : n’est pas écrivain qui veut… Je renchérirai, si tu n’écris pas, lis voracement et partage scrupuleusement la littérature africaine. Si tu écris, diffuse donc cette anecdote, ce poème, ce jeu de mot dans la lingua franca qui t’appartient : camfranglais, Pidgin, créole ? Le plus grand mensonge du monde_ mais qui y croit encore ?_ c’est que l’Afrique n’a pas pour priorité la culture. On dit même : ‘ventre affamé n’a pas d’oreille’ en pensant à nous. Mais tout le monde a faim ! D’aliments, de dignité, de reconnaissance, de succès, d’amour... L’esprit, le corps et l’âme doivent tous être sustentés. Nourrissons-nous les uns les autres de la beauté de l’Afrique. Ecrivons-la, lisons-la, publions-la, rendons-la fièrement palpable, présente et vivante.


    Le punchline ultra puissant! Merci pour ces paroles qui vont rester gravées dans mon coeur et dans chacun de mes actes! Merci

  • #2

    Estou (Friday, 03 November 2017 22:18)

    Merci à toi Ariane!