[5] La peau métissée, ce champ de bataille! En 3 biographies


L'Afrique du Sud


L'Amérique


L'Angola

Shandra vit son métissage comme une mauvaise plaisanterie génétique, une punition familiale. Jusqu’au jour où, en pleine Afrique du Sud de l’apartheid, elle choisit le camp des noirs. Un choix qui lui apportera bonheur, aigreur et une rencontre précieuse avec son moi intérieur. Skin, ce film percutant sur la peau caramel, s’inspire de la biographie de Shandra Laing par Judith Stone: When she was White, a Family Divided by Race.

Washington, fin des années 1950, Mr et Mme Loving sont de petites gens. Ce couple pourrait incarner la normalité s’il n’était pas bicolore. Mildred est noire et Richard blanc. Dans l’Amérique de la ségrégation c’est illégalement que leur sang se mêle dans les veines de leur progéniture.  Et pourtant, l’amour des Loving nait de la manière la plus naturelle du monde, dans un improbable microcosme égalitaire dans l’Amérique profonde. Bientôt la réalité de l’Oncle Sam les rattrape. C’est la prison, l’humiliation et la torture mentale qui commencent… A lire pour réfléchir sur le passé et le présent d’une Amérique malade de la race.

 

Maria d’Angola, métisse. Le nom de sa mère noire, concubine d’un notable portugais, agriculteur dans le café, ne figure pas sur son acte de naissance: ‘née de mère inconnue’.  Telle est la sentence. Car on ne mélange pas officiellement le blanc et le noir. Pas dans l’Angola des années 1920. Cela serait indigne, impensable. En revanche, le code moral colonial semble rester muet sur la situation pseudo-matrimoniale qui unit la mère de Maria d'Angola à son père, Cette dernière n'a que 12 ans lorsqu'elle donne naissance à Maria et 15 ans lorsque mère et filles sont cruellement arrachées l'une à l'autre. Maria peut cependant s’estimer heureuse car son père l’a reconnue, a pris en charge son éducation et admire même son intelligence fulgurante. Séparée on ne peut plus brutalement de sa mère, Maria gardera en elle cette blessure. Le titre de l’œuvre Le dos de ma lumière nous rappelle l’arrachement que Maria ressent en se souvenant du dos contre lequel son corps d’enfant se lova, bercé par la démarche majestueuse de cette femme idéalisée qui lui avait donné la vie puis que l’on fit disparaitre de la sienne. Œuvre écrite à 4 mains par Maria et sa fille Colinette Haller. A lire pour mieux comprendre la complexité de l’Afrique coloniale lusophone.

 

 ‘Nous sommes tous des métis culturels’ disait Léopold Sédar Senghor. Le métissage habite l’histoire du peuple noir comme une blessure, une évidence et parfois, une fierté. C’est un terrain littéraire fertile car douloureux. Être métisse c’est s’installer dans un espace culturel double ou triple. Avec double ou triple ration d’enjeux… et politiques, et identitaires, et existentiels. 

Il se passe des choses sous la belle peau d’un(e) métis(sse). Il se trame parfois des drames aussi. La fine pellicule de tolérance recouvrant les valeurs de nos sociétés ne nous cachera pas cela. Les parents qui n’apprennent pas à leurs enfants métis à se voir dans le miroir comme tels, leur font du tort ! Perdre de vue une partie de soi c’est devenir un handicapé identitaire et courir le risque de transmettre ce handicap.

 

Si on te dit ‘sois métis et tais-toi, tout le monde l’est, il n’y a rien à voir’, réponds : ‘arrière à tous ceux qui cherchent à banaliser et à dé-métisser une si belle peau, une si belle richesse !’

 

 

 

 

Octobre 2017



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Comments: 3
  • #1

    Jacques Rivkine (Friday, 06 October 2017 11:57)

    Le métissage a participé comme un des leviers culturels du partage des connaissances, des arts, de la musique. C'est bien à partir du métissage que se construise des identités aux visions plus larges, des sensibilités plus aigues, à une réalité et une approche différente des coutumes et des sacralités. L'occident lui depuis des siècles s'est enfoncé dans le mythe de sa supériorité et d'une valeur absurde de la pureté ethnique. Ne dois t'on par rire de la stupidité scientifique de ce qui caractérise la typologie de l'homme caucasien. Son nez ? son front ? Pour toute réponse, sa capacité d'avoir inventé au delà du racisme la capacité d'éliminer sans l'ombre de conscience par les armes, les camps de concentrations tous ceux qui ne leur ressemblaient pas

  • #2

    Estou (Monday, 09 October 2017 09:58)

    Est-ce que la méchanceté et le racisme sont l'apanage d'une partie de l’humanité seulement? Personnellement j'en doute. Chacun d'entre-nous peut et doit surveiller sa conscience et son cœur. En revamche, il faut continuer d'informer, d'instruire et de faire grandir cette partie de l’humanité qui a des oreilles pour entendre... Vive la tolérance.

  • #3

    Estou (Monday, 09 October 2017 10:00)

    Le commentaire précédent était une réponse pour Mr Rivkine. Belles lectures sur Traces Métisses.