[6] De Beauvoir à Bâ

Je ne dirai jamais : 'Mariama Bâ est la Simone de Beauvoir sénégalaise car le talent de l'africaine ne se justifie évidemment pas en référence à l'européenne. Cependant je soulignerai combien les rêves de ces deux femmes se ressemblent dans un contraste pourtant absolu parfois. Exemple: dans 'Mémoires d'une jeune fille rangée', Beauvoir célèbre sa liberté en rejetant la divinité. Ramatoulaye, le personnage fictif de 'Une si longue lettre' de Mariama Bâ réaffirme sa foi dans les moments de douleur et semble y puiser une force qui lui permettra de résister à la pression des traditions.

Dans l'essai 'Le deuxième sexe', Beauvoir théorise sur de nombreux thèmes qu'illustre Bâ dans son récit épistolaire: l'amour, l'amitié féminine, l'éducation qui confine les filles, les combats politiques féministes du XXème  siècle, l'indépendance intellectuelle et matérielle d'une femme après la décolonisation ou une libération féminine toute relative. Fait non anodin pour ce qui est de la construction d'une aura littéraire, Simone de Beauvoir eut une longue vie, Mariama Bâ mourut trop tôt. Leur impact respectif n'est  pour moi  proportionnel ni au nombre d'années vécues, ni à la quantité de pages noircies. Elles se positionnent différemment. 'Une si longue lettre' est pour l'époque et encore maintenant, un concentré de sagesse féministe à la fois moderne et millénaire. Bâ na pas non plus perdu ce qui manquait tant à Beauvoir vers la fin: un insolent 'espoir.



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