Interviews exclusives


Traces metisses recoit l'auteur de delikatessen Mr Theo Ananissoh

0 Comments

ENTRETIEN AVEC ABDELAZIZ BARAKA SAKIN, lauréat du prix du livre engagé décerné par la CENE littéraire.

 

 Il arrive sur le lieu de rendez-vous comme une tornade de gentillesse. Abdelaziz Baraka Sakin. Il marche vite, sourit sans discontinuer, avec des yeux qui pétillent tel l’onyx, sombres et lumineux à la fois. Il donne l’accolade à l’équipe chargée de l’accueillir comme s’ils avaient été des amis d’enfance perdus de vue. On se sent tout de suite comme un membre de sa famille. Plus tard, lorsqu’il signera des copies de son roman pour les membres du public, Abdelaziz tracera sur la page de longues phrases de remerciements et d’amitié. Cet homme est charismatique. Cet homme est généreux. Quel privilège d’avoir pu parler avec lui de sa vie et son livre Le messie du Darfour. En le rencontrant, on est dévoré par la curiosité de le lire mais ses œuvres sont écrites en arabe et une seule a été traduite en français: Le messie du Darfour. Tous les livres d’Abdelaziz Baraka Sakin sont d’ailleurs interdits et détruits dans son pays le Soudan. Censure et autodafés qui crédibilisent d’autant plus la puissance de frappe de cet auteur exilé en Autriche. 

 

Traces Métisses: Quand et comment avez-vous commencé à écrire ?

 

Abdelasiz Baraka Sakin: J’ai toujours porté le rêve de l’écriture en moi. Je n’ai jamais voulu faire autre chose. Quand j’étais encore à l’école primaire, je devais avoir une dizaine d’années, je suis allé voir mon professeur pour lui demander à quoi doit ressembler un écrivain. Il a souri et a répondu qu’un écrivain, c’était quelqu’un comme moi, comme lui, comme n’importe qui. Cela m’a donné du courage. Je me suis saisi d’un de mes cahiers d’école et j’ai écrit ma première histoire. Je l’ai ensuite amenée à mon maître qui d’abord s’est étonné que j’utilise ainsi des précieux cahiers d’école pour ‘m’amuser’. Pourtant il ne m’a pas frappé comme il aurait pu le faire. Il a pris connaissance de mon histoire, m’en a félicité et me l’a faite lire en entier, du premier mot au dernier, devant mes camarades de classe. Ainsi fut ma première expérience d’écrivain.  

 

TM: Qu’est-ce qui vous a inspiré le roman Le messie du Darfour?

 

ABS: J’ai travaillé quelques temps avec UNICEF et les Nations Unies sur le terrain, au Darfour. Pendant une de mes missions, j’ai remarqué une femme qui se rendait tous les jours devant une école près d’un camp. Elle observait les enfants et fondait en larmes, immanquablement. Je suis allé lui demander pourquoi elle revenait tous les jours devant cette école. Elle m’a répondu : j’ai perdu tous mes enfants dans cette guerre. Ils ont été décimé ! Aujourd’hui, venir regarder ces enfants me rappelle les miens. Cela me fait du bien et me déchire en même temps...’ (Sur ce, Abdelaziz essuie des larmes et se recueille un moment, gagné par l’émotion). Cette femme est le point de départ du roman.

 

TM: Quels sont vos rituels d’écriture?

 

ABS: Je me réveille tous les matins vers 6 heures et c’est parti pour 8 heures d’écriture. C’est ainsi que se passent mes journées. Je suis casanier. Ma maison est l’endroit où je préfère être. Je descends très peu en ville ou dans la capitale Vienne. Trop d’agitation, trop de sollicitations. Un de mes fils est toujours avec moi, le deuxième n’est pas loin. C’est la vie qui me convient, perché dans la montagne en Autriche où il neige si souvent. C’est parfait pour écrire mes romans et mes articles.

 

TM: Comment vous sentez-vous par rapport à ce prix de la CENE littéraire que vous venez de recevoir ?

 

ABS: Ce cinquième prix pour mon travail d’écrivain est très particulier pour moi car c’est la première fois que j’en reçois un de la main d’un collectif africain. Je me sens dans ma famille ! Je dédie ce prix à mon peuple du Soudan, opprimé, massacré. Je pense particulièrement aux femmes de chez moi qui subissent la guerre dans l’indifférence internationale la plus totale. Elles sont courageuses et admirables. Ce prix est d’autant plus significatif dans mon parcours d’écrivain que depuis qu’il a été annoncé, j’ai reçu de nombreux appels de traducteurs. Cela signifie que plus de gens entendront parler du Soudan à travers mes œuvres traduites.

 

TM: Merci infiniment pour votre générosité Mr Baraka Sakin.

 

 

Un documentaire pour en savoir plus sur la genèse du conflit du Darfour. Ce document a presque 10 ans mais la guerre continue…

0 Comments

Interview exclusive de Hemley Boum pour Traces Métisses

 

Traces Métisses : Noel, ça se passe comment chez vous ?

 

Hemley Boum : Petite à Douala, nous allions à la messe de minuit, et le lendemain, tous les cousins, oncles, tantes se retrouvaient pour passer un bon moment ensemble. Je reproduis tout cela avec joie. Dès la fin octobre, je commence à réfléchir aux cadeaux, au menu, à contacter les uns et les autres pour organiser les réjouissances, savoir qui reçoit et où. Il m’est arrivé de parcourir des milliers de kilomètres pour passer avec les miens ce moment singulier. Volume sonore des discussions, rires, discussions passionnées, repas partagés, plaisir d’être ensemble…C’est cela noël pour moi, la famille.

 

TM : Quel genre d’enfant avez-vous été ?

 

Hemley Boum : Enfant, je n’avais qu’une hâte : grandir au plus vite, être adulte, décider pour moi-même. Adolescente et jeune adulte, j’aimais la confrontation, le conflit ouvert, j’y voyais la seule forme de revendication ou d’expression courageuse et respectable. Le temps m’a appris à privilégier la diplomatie. Parfois, je me dis que la jeune femme exigeante que j’étais à vingt ans ne serait pas trop déçue par celle que je suis aujourd’hui, je ne l’ai pas trahie.

 

TM : Quelle est votre vision de la beauté ?

 

 Hemley Boum : La beauté est un idéal esthétique une promesse de bonheur. L’esprit, se réjouit à l’avance de ce plaisir, s’en émeut et finit par douter, se contente d’ersatz, se fait une raison… Puis un jour, le regard croise la beauté, et la reconnaît instantanément : « C’est elle ! » se dit l’esprit ébloui, pétrifié. Il avait perdu la foi, il n’y croyait plus, soudain elle est là, loin de ce qu’il avait imaginé, au-delà de ses fantasmes les plus échevelés, présente et entière, insensible à sa dévotion, car ce n’est pas le regard ou même le désir qui crée la beauté. La beauté est la beauté !

0 Comments