N'ba de Aya Cissoko


Coup du sort, coups bas et coups
Coup du sort, coups bas et coups

 La chicotte de la frustration aimante d’une mère

 

‘N’ba’ signifie ‘ma mère’ en Bambara, langue du Mali. Ce récit autobiographique de la boxeuse et écrivaine Aya Cissoko  est une ode à une maman disparue après une vie de sacrifice et de générosité. Aya Cissoko décrit dans ce roman un rapport complexe et fluctuant avec sa maman. D’un côté, il y a la chicotte et les mots durs de l’autre une attention de tous les instants et une bienveillance anxieuse. A aucun moment cependant, on ne sent de profond ressentiment à l’encontre de cette mère. Aya Cissoko reconnait qu’une dimension violente  a existé, que ces châtiments ont influencé le cours de leur relation mais qu’en définitive, ce qui reste, c’est l’admiration qu’elle ressent et la blessure d’avoir perdue une maman. Cette mère dont elle garde jalousement l’image et l’amour a d’autres travers qui semblent avoir marqué plus Aya Cissoko que la chicotte.

 

Massiré Dansira, la mère d’Aya Cissoko arrive en France dans les années 70 pour rejoindre son mari, le père de l’auteure. La vie est difficile mais remplie de l’équilibre que donne un foyer aimant. A la mort du pater familias qui s’était érigé en solide rempart contre les agressions extérieures, Massiré se retrouve à la merci de la communauté Malienne parisienne. Elle devient la proie des qu’en-dira-ton, la victime d’une pression intolérable.  Elle est subtilement forcée à ouvrir les portes de son foyer pour aider ceux qui en ont besoin. L’exploitation, les jugements et les coups bas qui s’en suivent mènent à une frustration telle, que les coups s’abattent d’autant plus facilement sur le corps des enfants.

 

Syndrome de Stockholm ?

Aya Cissoko est une boxeuse talentueuse, plusieurs fois championne du monde à la fin des années 90 et au début des années 2000. Cet art martial fut sa rébellion mais aussi son exutoire pour tant de coups du sort et tant de coups tout court. Est-ce une forme de syndrome de Stockholm qui la garde attachée au souvenir de sa mère malgré toute la violence subie ? Aya Cissoko ne présente jamais l’éducation à l’africaine reçue de sa mère comme un mal pour un bien. C’est bien plus déroutant. Les claques font parties du paysage et causent du dommage mais cette dureté, Aya Cissoko la remet en perspective sans embellissement ni satire. Voilà ce qui a été, nous dit-elle. Et pourtant chaque lecteur admirera Dansiré, la mère courage maladroite et à bout, mais  majestueuse…



Estelle Hughes, l'auteure de ce blog est née au Cameroun, a grandi au Congo, étudié en France et travaillé en Inde, en Hollande, au Kenya, a Malte, en Espagne, en France et en Suisse.