[19] La Promesse de Sa Phall'Excellence de Max Lobe

Une véritable révolution saltimbanque en littérature!

Commençons par la langue survoltée de Max Lobe car c’est véritablement elle, l'héroïne de cette fiction; C’est elle qui fait de  La Promesse de Sa Phall’Excellence un bijou baroque, et même une véritable révolution saltimbanque en littérature. Ce texte élève en effet l'art de la satire à un niveau supérieur, en alliant malléabilité linguistique et humour déjanté à la Lobe.

L'auteur ne se présente plus. Max Lobe,  romancier d’origine camerounaise et basé en Suisse depuis une quinzaine d’années,  est lauréat du prix littéraire Ahmadou Kourouma pour son récit historique Confidences (2016) et du Prix du Roman des Romands pour sa fiction 39 rue de Berne (2013). Max Lobe est un amoureux de la langue française qu’il n’a de cesse d’enrichir de truculents camerounismes. Dans La Promesse de Sa Phalex’Excellence, il orchestre une rencontre insolite, entre le français, le pidgin, le camfranglais, l’espagnol, l’italien… Vous voudrez et vous devrez scander certaines de ses expressions, comme on danse: ‘chikou chikou chikou chick! Ayooh!’  Mais au-delà du parler ludique, Max Lobe explore aussi dans ce roman les rouages impitoyables de la dictature. Il nous démontre avec maestria comment on asservit un peuple politiquement et spirituellement par la seule puissance du Verbe.

 

  “La première qualité d’un écrivain, c’est d’avoir de bonnes fesses” disait Dany Laferrière. Max Lobe se focalise en effet beaucoup sur cette partie de notre anatomie mais si vous me demandez de quel sujet traite vraiment La Promesse de Sa Phall’ Excellence, je vous enverrais le découvrir par vous-même, car  c’est un livre aux couches de significations multiples. J’ai personnellement lu ce roman en tant que femme camerounaise de la diaspora. J’ y ai vu mon pays croqué à vif, mon argot de rue démembré puis reconstruit, mes valeurs ancestrales vigoureusement interrogées, mon féminisme réinterprété.  La Promesse de Sa Phall’Excellence est donc pour moi un manifeste puissant et esthétique contre le narcissisme sans compassion ni limite d’un certain couple présidentiel. Mais j'ai aussi constaté que ce roman peut raconter une histoire différente à chaque lecteur, et c’est même là sa particularité la plus marquante. 

 

Mista AcaDa-Writa est le conteur, le faiseur de portraits qui narre toute cette histoire. Lui aussi n'est pas facile à cerner! Mais qu'il est cool et attachant! D’une part il participe bel et bien à l’endoctrinement de la population mais il plante aussi des petites graines de rébellion dans l’esprit des gens. Mista AcaDa-Writa représente peut-être la place de la littérature dans toutes les révolutions en marche: une machine à mots, un peu impliquée, un peu couarde, toujours plus bariolée que le vrai monde... Tout comme Mista AcaDa-Writa,  la littérature nous apporte  à la fois le rêve et le questionnement critique, la joie et la peur, l’opium et l’avertissement. Max Lobe résume bien ce côté insaisissable de la littérature à travers le personnage d'AcaDa-Writa, l’exubérant, le peureux, le gouaillard.     

 

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Estelle Hughes, l'auteure de ce blog est née au Cameroun, a grandi au Congo, étudié en France et travaillé en Inde, en Hollande, au Kenya, a Malte, en Espagne, en France et en Suisse.